Site privé d'information, édité par Me Matthias Traussnig, avocat à Genève

Que faire après une arnaque

Lorsqu'on vient de découvrir une arnaque, ce qui est fait dans les premières heures compte beaucoup. Cette page reprend les démarches habituelles et indique, pour chacune, ce qu'elle permet d'obtenir et quelles en sont les limites.

Évaluer ma situation en cinq questions

Cette page a un caractère purement informatif. Selon la situation, d'autres démarches peuvent s'imposer, ou les mêmes dans un autre ordre.

Si l'escroc est encore en contact avec vous ou vient de passer

Raccrochez, sans rien verser ni remettre à qui que ce soit. Si quelqu'un doit passer chez vous chercher de l'argent, des bijoux ou une carte bancaire, appelez immédiatement le 117.

S'il est déjà passé, faites bloquer vos cartes auprès de votre banque puis appelez le 117, en notant ce dont vous vous souvenez de la personne et de son véhicule. Faites bloquer aussi une carte que l'on vous a fait couper avant de la remettre.

D'après Police cantonale genevoise, 8 avril 2025.

Dans les premières heures

  1. Prévenez votre banque sans attendre, car un virement peut parfois encore être rappelé, une carte bloquée ou un accès en ligne suspendu. Si vous n'avez plus votre carte, le numéro à appeler figure sur vos relevés et sur le site de la banque. Si Twint est en cause, prévenez aussi son support.
  2. Depuis un autre appareil, changez vos mots de passe en commençant par celui de votre messagerie, et désinstallez tout logiciel de prise en main à distance qu'on vous aurait fait installer.
  3. Conservez les messages et courriels, les numéros de téléphone, l'adresse exacte des sites, les captures d'écran et les relevés bancaires, ainsi que les adresses de cryptomonnaie et les identifiants de transaction. Ne supprimez pas la conversation, même si elle vous met mal à l'aise.

Si quelqu'un vous contacte ensuite de lui-même pour vous proposer de récupérer vos fonds, ne versez rien. Ces offres, lorsqu'elles suivent une arnaque, en constituent très souvent une seconde.

Porter plainte

L'escroquerie est poursuivie d'office en droit suisse (art. 146 CP), sauf lorsqu'elle vise un proche ou un familier. Il s'ensuit que le délai de trois mois applicable aux infractions poursuivies sur plainte (art. 31 CP) ne la concerne en principe pas. Certaines infractions informatiques ne sont en revanche poursuivies que sur plainte, comme l'accès indu à un système informatique spécialement protégé (art. 143bis CP), et la plainte doit alors être déposée dans les trois mois dès le jour où la personne lésée a connu l'auteur. Mieux vaut donc ne pas attendre, d'autant que les chances de bloquer des fonds et de conserver les traces diminuent à mesure que le temps passe.

La plainte se dépose oralement ou par écrit auprès de la police ou du Ministère public (art. 304 CPP). Apportez les éléments mentionnés plus haut, classés dans l'ordre chronologique. En vous constituant partie plaignante (art. 118 CPP), vous participez à la procédure avec le droit de consulter le dossier (art. 107 al. 1 let. a CPP), et pouvez demander réparation de votre dommage dans la procédure pénale elle-même (art. 122 CPP).

À Genève, la police permet depuis juillet 2026 de remplir en ligne une pré-plainte contre inconnu, notamment pour une escroquerie en ligne ou une usurpation d'identité. Dans le canton de Vaud, la plainte en ligne exclut les délits commis sur internet, de sorte que la plainte pour une escroquerie en ligne se dépose à un poste de police ou par écrit.

D'après Etat de Genève, 15 juillet 2026 et Etat de Vaud, déposer une plainte pénale contre inconnu.

Lorsque l'auteur reste inconnu, la police peut renoncer à faire rapport au Ministère public s'il n'y a manifestement pas matière à d'autres actes de procédure et qu'aucune mesure de contrainte ni autre mesure d'investigation formelle n'a été exécutée (art. 307 al. 4 CPP). Le Ministère public peut de son côté suspendre l'instruction après avoir mis en œuvre les recherches, et il communique alors sa décision à la partie plaignante (art. 314 al. 1 let. a, al. 3 et 4 CPP).

Signaler sans porter plainte

L'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) reçoit les signalements volontaires des particuliers sur son formulaire en ligne et s'en sert pour repérer les tendances et prendre des contre-mesures. Au premier semestre 2026, il en a reçu 27'128. Ce signalement ne vaut pas plainte pénale, de sorte que si vous avez subi un dommage, il vous faut encore déposer plainte. Les sites et les liens d'hameçonnage s'annoncent aussi sur antiphishing.ch, que l'OFCS exploite.

L'aide aux victimes (LAVI)

Les centres de consultation LAVI soutiennent les personnes qui ont subi, du fait d'une infraction, une atteinte directe à leur intégrité physique, psychique ou sexuelle (art. 1 LAVI). Une perte purement financière n'y donne en principe pas accès. Un chantage ou une sextorsion qui vous atteint durement peut en revanche relever de leur mission. Le centre de votre canton vous dira ce qu'il en est, et la consultation est gratuite.

Quand un avocat est utile

Lorsque le montant est modeste, la plainte déposée à la police suffit le plus souvent. L'intervention d'un avocat se justifie davantage si la somme est importante ou si les fonds peuvent encore être localisés, par exemple parce que le compte bancaire est identifié ou que la cryptomonnaie est passée par une plateforme d'échange. Il en va de même lorsque plusieurs personnes ont été lésées par les mêmes auteurs, ou lorsque la responsabilité d'une banque ou d'un intermédiaire peut se poser. L'avocat peut alors rédiger la plainte et requérir des séquestres, puis suivre la procédure en votre nom.

Un litige avec la banque peut aussi être soumis à l'Ombudsman des banques suisses, qui a traité 316 cas de fraude en 2025, contre 270 en 2024. Avant de le saisir, adressez une réclamation écrite à votre banque. L'Ombudsman précise qu'il ne peut en général plus intervenir lorsqu'un tribunal, un tribunal arbitral ou une autorité administrative est ou a été saisi de l'affaire.

Aucun avocat ne peut garantir que vos fonds seront récupérés. Méfiez-vous de quiconque vous le promet, en particulier s'il vous a contacté de lui-même. Si quelqu'un se présente comme avocat, vérifiez qu'il figure au registre cantonal des avocats.

L'éditeur de ce site

Me Matthias Traussnig, avocat au Barreau de Genève, fondateur de Sentinel Legal. Il assiste des victimes d'escroquerie dans la procédure pénale et dans leurs démarches auprès des banques.

Présentation de l'Etude · info@arnaques-suisse.ch

Un premier message ne crée pas de mandat.

Si de l'argent a transité par votre compte et que la police vous convoque, la page Mon compte a servi à une arnaque traite de cette situation. Lorsque c'est votre identité qui a servi, pour créer un faux profil ou passer un contrat à votre nom, reportez-vous à la page Usurpation d'identité.

Si vous faites ces démarches pour un parent âgé, la page Aider un proche âgé vous est destinée.

Questions fréquentes

Y a-t-il un délai pour porter plainte pour une escroquerie ?

L'escroquerie étant poursuivie d'office, le délai de trois mois propre aux infractions sur plainte ne s'applique en principe pas, sauf si l'auteur est un proche ou un familier. Agir vite reste néanmoins décisif pour conserver les preuves et obtenir d'éventuels blocages.

Un signalement à l'OFCS vaut-il plainte ?

Non. L'OFCS indique lui-même qu'il « ne peut pas enregistrer les plaintes pénales ». L'ouverture d'une enquête sur votre cas suppose que la police ou le Ministère public en soient saisis, et une dénonciation y suffit pour une escroquerie, poursuivie d'office (art. 301 CPP). Pour participer à la procédure, le lésé doit encore se constituer partie plaignante, ce qu'emporte la plainte (art. 118 al. 2 CPP) et que permet aussi une déclaration faite avant la clôture de la procédure préliminaire (art. 118 al. 1 et 3 CPP).

Peut-on récupérer de l'argent envoyé en cryptomonnaie ?

C'est parfois possible lorsque les fonds ont transité par une plateforme d'échange en mesure de les bloquer à la demande des autorités, ce qui suppose une plainte rapide et des identifiants de transaction précis. En revanche, payer un récupérateur de fonds ne permet jamais d'y parvenir.

Cette page s'appuie sur les art. 31, 143bis et 146 CP, les art. 107, 118, 122, 301, 304, 307 et 314 CPP, l'art. 1 LAVI, le rapport semestriel 2026/1 de l'OFCS (24 août 2026), les pages de l'OFCS Annoncez à l'OFCS et Hameçonnage, la page de l'Ombudsman des banques suisses Déposer une réclamation et, pour ses chiffres, swissinfo.ch du 19 mai 2026. Vérifié le 11 octobre 2026.