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Mon compte a servi à une arnaque et la police me convoque

Tout a pu partir d'une offre d'emploi ou d'une relation nouée en ligne, voire d'un service rendu à une connaissance. De l'argent est arrivé sur votre compte et vous l'avez renvoyé ailleurs, parfois en cryptomonnaie, puis une convocation vous est parvenue quelques semaines plus tard, à moins que vous n'ayez compris la situation avant d'en recevoir une. Les polices parlent d'agent financier, de passeur d'argent ou de money mule pour désigner la personne qui met ainsi son compte à la disposition d'un réseau. Cette page explique ce que la procédure peut impliquer pour vous et comment vous y préparer.

Avant toute audition

Cessez tout transfert et tout contact avec la personne qui vous donnait les instructions, et ne supprimez rien, à commencer par vos échanges avec elle. Si aucune convocation ne vous est encore parvenue, informez aussi votre banque des opérations en cause.

N'expliquez pas l'affaire au téléphone, dès lors que les explications se donnent à l'audition, après que l'on vous a informé de vos droits. Vous pouvez être assisté d'un avocat dès la première audition, et une présentation spontanée à la police gagne à être préparée avec lui.

Le recrutement des mules

Les réseaux d'escroquerie ont besoin de comptes bancaires pour faire transiter l'argent de leurs victimes, et ils les trouvent chez des particuliers. En 2023, la police genevoise décrivait trois voies de recrutement, à savoir de fausses offres d'emploi publiées sur des sites d'annonces ou sur de faux sites d'entreprises, des relations sentimentales nouées en ligne et l'usurpation d'identité, qui sert à ouvrir ou à utiliser des comptes. Elle relevait que les jeunes de 20 à 25 ans et les personnes en recherche d'emploi étaient particulièrement exposés.

Dans une mise en garde relayée par la presse en juillet 2026, la police cantonale fribourgeoise a signalé que des mineurs et de jeunes adultes étaient approchés sur les réseaux sociaux par des messages qui leur promettaient de gagner de l'argent vite et facilement, puis, une fois leur confiance gagnée, chargés notamment de récupérer des cartes bancaires ou de retirer de l'argent.

Le schéma varie peu. Les fonds arrivent sur votre compte, vous en gardez une commission et le reste repart par virement, en espèces ou en cryptomonnaie. Cet argent appartenait en réalité à une personne lésée qui a porté plainte, si bien que l'enquête remonte d'abord jusqu'à votre compte.

La police genevoise conseille aux personnes qui ont servi de money mule de cesser immédiatement toute transaction, d'informer leur banque et de contacter la police pour signaler le cas. La police fribourgeoise recommande elle aussi d'informer la banque et la police de toutes les transactions suspectes. Si vous envisagez de vous présenter spontanément, mieux vaut le préparer, dès lors que vous pourriez être entendu comme prévenu et que vos déclarations figureront au dossier.

Le blanchiment d'argent dans le Code pénal

L'art. 305bis CP punit celui qui commet un acte propre à entraver l'identification de l'origine, la découverte ou la confiscation de valeurs patrimoniales dont il sait ou doit présumer qu'elles proviennent d'un crime ou d'un délit fiscal qualifié. La peine est une peine privative de liberté de trois ans au plus ou une peine pécuniaire, et peut aller jusqu'à cinq ans dans les cas graves.

Le texte vise aussi celui qui « doit présumer » l'origine criminelle des fonds. La jurisprudence admet le dol éventuel, de sorte qu'il suffit d'avoir envisagé que l'argent pouvait provenir d'un crime et d'avoir accepté cette éventualité. La simple imprudence ne suffit pas.

L'enquête cherche à établir ce que vous saviez ou aviez envisagé, en s'appuyant sur les circonstances, qu'il s'agisse de la rémunération offerte, de la nature des instructions ou de l'identité de ceux qui vous écrivaient. Vos échanges avec le recruteur seront examinés de près. Conservez-les en entier.

D'autres qualifications peuvent être examinées selon les cas. Il arrive aussi qu'une même personne soit à la fois mise en cause et lésée, lorsque le prétendu employeur lui a d'abord soutiré de l'argent.

Vos droits lors de l'audition

Au début de la première audition, la police ou le Ministère public doit vous informer, dans une langue que vous comprenez, qu'une procédure est ouverte contre vous et pour quelles infractions. L'autorité doit aussi vous indiquer que vous pouvez refuser de déposer et de collaborer, faire appel à un défenseur ou solliciter un défenseur d'office, et demander l'assistance d'un interprète (art. 158 CPP). Une audition menée sans ces informations n'est pas exploitable.

Lorsque la police vous entend, votre avocat peut être présent et poser des questions (art. 159 CPP). La loi précise toutefois que l'exercice de ce droit ne permet pas d'exiger le report de l'audition, de sorte qu'il vaut mieux contacter un avocat dès réception de la convocation.

Vous n'êtes pas tenu de déposer contre vous-même (art. 113 CPP), mais la loi vous oblige à vous soumettre aux mesures de contrainte qu'elle prévoit.

L'argent qui se trouve sur votre compte

Les valeurs qui se trouvent sur votre compte peuvent être mises sous séquestre lorsqu'il est probable qu'elles devront être restituées au lésé ou confisquées (art. 263 CPP). Le séquestre est ordonné par écrit, ou oralement en cas d'urgence puis confirmé par écrit (art. 263 al. 2 CPP). Ne retirez pas ces fonds et ne les déplacez pas de votre propre initiative, même si quelqu'un vous le demande.

Les documents à rassembler avant l'audition

  1. Reconstituez la chronologie depuis le premier contact, l'annonce ou le profil, en notant chaque réception de fonds et chaque transfert avec sa date et son montant.
  2. Exportez en entier les messages, les courriels, le contrat ou l'offre d'emploi, avec leurs pièces jointes, puisqu'ils montrent ce qu'on vous a dit et ce que vous pouviez comprendre.
  3. Réunissez les relevés bancaires de toute la période et les justificatifs des transferts, ainsi que les adresses et identifiants de transaction s'il y a eu de la cryptomonnaie.
  4. Notez les noms, numéros, profils et comptes des personnes qui vous ont contacté ou à qui vous avez transféré de l'argent.
  5. Gardez la convocation, avec sa date, l'autorité qui l'a émise et la référence de la procédure.

La liste plus détaillée du dossier de preuves s'applique aussi à votre situation.

Questions fréquentes

Je ne savais pas que l'argent venait d'une escroquerie. Puis-je être condamné ?

La loi vise celui qui sait ou doit présumer que les fonds proviennent d'un crime. Une condamnation est possible même sans certitude de votre part, s'il est établi que vous avez envisagé cette origine et que vous l'avez acceptée. Une simple imprudence n'y suffirait pas. La manière dont vous avez été recruté et le contenu de vos échanges pèsent lourd dans cette appréciation.

Dois-je répondre à toutes les questions ?

Non. Vous avez le droit de refuser de déposer et de collaborer (art. 113 et 158 CPP). Ce choix mérite d'être préparé, dès lors que se taire entièrement ou s'expliquer sur certains points n'a pas les mêmes effets selon le dossier.

Puis-je avoir un avocat sans le payer moi-même ?

Vous pouvez demander un défenseur d'office, et l'autorité doit vous informer de ce droit (art. 158 CPP). Il vous est accordé si vous ne disposez pas des moyens nécessaires et que l'assistance d'un défenseur se justifie, ce qui est notamment le cas lorsque l'affaire n'est pas de peu de gravité et qu'elle présente, en fait ou en droit, des difficultés que vous ne pourriez pas surmonter seul (art. 132 CPP). Si vous êtes ensuite condamné à supporter les frais de la procédure, vous devrez rembourser l'indemnité du défenseur d'office dès que votre situation financière le permettra (art. 135 al. 4 CPP).

Mon compte est bloqué. Que faire ?

Le blocage peut résulter d'un séquestre ordonné dans la procédure pénale ou d'une mesure prise par la banque, notamment après une communication au Bureau de communication en matière de blanchiment d'argent (MROS), dont elle n'a pas le droit de vous informer (art. 10 et 10a al. 1 LBA). Un séquestre pénal est ordonné par une ordonnance écrite et brièvement motivée, ou oralement en cas d'urgence puis confirmé par écrit (art. 263 al. 2 CPP), de sorte que c'est à l'autorité pénale qu'il faut demander la décision.

L'éditeur de ce site

Me Matthias Traussnig, avocat au Barreau de Genève, fondateur de Sentinel Legal. Il assiste des personnes convoquées par la police ou le Ministère public, dès la première audition.

Défense pénale · info@arnaques-suisse.ch

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Cette page s'appuie sur l'art. 305bis CP, les art. 113, 132, 135, 158, 159 et 263 CPP et les art. 10 et 10a LBA, ainsi que sur Police genevoise, « Money mule : de quoi s'agit-il ? », 25 janvier 2023, Police cantonale fribourgeoise, money muling, mise à jour du 27 mars 2025, Police cantonale zurichoise, cybercrimepolice.ch, 9 avril 2025 et Police cantonale fribourgeoise, relayée par blue News, 3 juillet 2026. Vérifié le 11 octobre 2026.