Site privé d'information, édité par Me Matthias Traussnig, avocat à Genève

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Aider un proche âgé

Vous êtes l'enfant, l'ami ou l'aidant d'une personne âgée et vous craignez qu'un escroc ne s'adresse à elle, ou bien il est déjà trop tard. Cette page indique comment aborder le sujet avec elle, ce que vous pouvez faire si elle a été trompée et quelle place la procédure pénale laisse à ses proches. Elle part de l'idée que votre proche reste maître de ses décisions et que l'aide se construit avec lui.

S'il vient de remettre sa carte ou de l'argent

Aidez-le à faire bloquer ses cartes auprès de sa banque, puis appelez le 117, comme le recommande la police genevoise. Si quelqu'un doit passer chez lui pour chercher de l'argent, des bijoux ou une carte, appelez le 117 sans attendre et convenez avec lui qu'il n'ouvre pas la porte.

Les plus de 60 ans, tranche d'âge la plus touchée

D'après la statistique policière de la criminalité publiée par l'OFS le 23 mars 2026, la police a enregistré en 2025 un total de 36'572 personnes lésées dans le domaine de la cybercriminalité économique, dont 81,2 % avaient été victimes d'escroquerie en ligne. Pour la fraude à l'investissement en ligne, la fraude à la commission, les fausses demandes d'aide et l'arnaque aux sentiments, que l'OFS appelle romance scam, la tranche d'âge la plus touchée était celle des plus de 60 ans. Seules les situations où un objet commandé sur une plateforme de petites annonces n'est pas livré faisaient exception.

En avril 2025, la police genevoise a lancé une campagne de prévention contre les arnaques au faux policier, avec une lettre adressée aux personnes de 64 ans et plus et une campagne sur les réseaux sociaux destinée à l'entourage proche des seniors. La fiche Faux policier, fausse autorité décrit le déroulement de ces appels.

En parler avant l'appel

Le sujet s'aborde plus facilement à froid, à propos d'une alerte ou d'un article de presse, qu'au lendemain d'un appel inquiétant. La police vaudoise demande d'ailleurs aux aînés de transmettre ses conseils à leur entourage. Lorsque votre proche connaît les scénarios en cours, il les reconnaît mieux le jour où ils se présentent, et il sait qu'il peut vous en parler sans gêne.

La police vaudoise rappelle qu'elle ne se rend jamais chez des particuliers pour récupérer des biens, des cartes bancaires ou de l'argent. Elle demande de ne remettre à un inconnu ni ses cartes bancaires, coupées ou non, ni son code secret. En cas de doute sur l'appelant, elle conseille de raccrocher sans rappeler au moyen de la touche de répétition, puis d'appeler le 117 ou sa banque. La police genevoise ajoute de ne pas ouvrir la porte lors d'une visite suspecte et d'appeler alors le 117.

Vous pouvez aussi convenir ensemble d'une habitude simple, par exemple qu'il vous appelle, ou appelle une autre personne de confiance, avant de donner suite à une demande d'argent reçue par téléphone. Les faux policiers exigent souvent le secret sur leur appel, et une telle convention donne à votre proche une raison toute trouvée de ne pas s'y plier. La page Se protéger reprend les autres conseils, que vous pouvez parcourir avec lui.

Lorsqu'il ne veut pas y croire

Il arrive qu'une personne continue de verser de l'argent à une prétendue plateforme de placement alors même qu'elle a déjà demandé, en vain, à récupérer son capital. Le site de prévention ebas.ch, édité par la Haute école spécialisée de Lucerne, décrit cette phase de la fraude à l'investissement. L'escroc invoque d'abord les caractéristiques particulières du placement, qui exigeraient de nouveaux apports, puis met la victime en contact avec de prétendus supérieurs qui la rassurent et lui font miroiter de meilleurs gains contre de nouveaux versements. On lui propose ensuite une assurance rétroactive qu'elle aurait soi-disant pu souscrire au début. Désemparée, la victime se voit à la merci de l'escroc tout en gardant le sentiment que rien n'est peut-être perdu. Ce n'est qu'en prenant conscience de la perte qu'elle se rend auprès de sa banque et de la police.

Le même site recommande de vérifier que le prestataire bénéficie d'une autorisation de la FINMA et, en cas d'incertitude, de consulter son conseiller bancaire. Proposez à votre proche de faire ces vérifications avec vous, ce qui lui laisse la décision tout en lui donnant des éléments vérifiables. La page Vérifier une plateforme indique où chercher.

Tant que votre proche gère lui-même ses affaires, les décisions lui reviennent, y compris celles que vous désapprouvez. Il peut, s'il le souhaite, charger une personne de confiance de gérer son patrimoine ou de le représenter pour le cas où il deviendrait incapable de discernement, au moyen d'un mandat pour cause d'inaptitude (art. 360 CC). Lorsqu'une personne majeure est empêchée, notamment par un état de faiblesse qui affecte sa condition personnelle, d'assurer elle-même la sauvegarde de ses intérêts, l'autorité de protection de l'adulte peut instituer une curatelle, d'office ou à la requête d'un proche (art. 390 CC). Ces mesures dépassent largement la question des escroqueries et méritent d'être discutées avec un notaire ou un avocat.

S'il est trop tard

Si votre proche a remis sa carte, son code ou de l'argent, la police genevoise recommande de bloquer immédiatement les cartes auprès de la banque et de contacter la police au 117. Gardez ensuite les numéros qui ont appelé, les messages et les relevés bancaires, puis aidez-le à déposer plainte. La page Réagir décrit ces démarches.

Chacun peut dénoncer une infraction à la police ou au Ministère public, par écrit ou oralement (art. 301 al. 1 CPP). L'escroquerie étant poursuivie d'office, sauf lorsqu'elle vise un proche ou un familier (art. 146 al. 3 CP), votre dénonciation suffit à saisir l'autorité, qui vous informe à votre demande de la suite donnée (art. 301 al. 2 CPP). Comme vous n'êtes pas vous-même lésé, vous n'avez toutefois aucun autre droit dans la procédure (art. 301 al. 3 CPP). Votre proche, qui est le lésé, peut en revanche se constituer partie plaignante et participer à la procédure, de sorte que mieux vaut l'associer à la démarche.

Votre proche peut se faire assister d'un conseil juridique pour défendre ses intérêts (art. 127 al. 1 CPP). La loi lui permet de choisir toute personne digne de confiance, jouissant de la capacité civile et ayant une bonne réputation, sous réserve de la législation sur les avocats (art. 127 al. 4 CPP). Si vous envisagez de tenir ce rôle, renseignez-vous auprès de l'autorité saisie.

Si le lésé décède sans avoir renoncé à ses droits de procédure, ceux-ci passent à ses proches au sens du Code pénal, dans l'ordre de succession (art. 121 al. 1 CPP).

Les escrocs reprennent parfois contact plus tard. D'après ebas.ch, lorsqu'un prétendu détective privé, avocat ou procureur se manifeste quelque temps après une fraude à l'investissement, il fait partie de la bande qui a trompé la victime. Si votre proche reçoit un tel appel, aidez-le à vérifier l'identité de son interlocuteur en appelant l'autorité ou le cabinet au numéro que vous aurez cherché vous-même.

Questions fréquentes

Puis-je déposer plainte à la place de mon parent ?

Vous pouvez dénoncer les faits vous-même, par écrit ou oralement, et l'escroquerie étant poursuivie d'office, sauf lorsque son auteur est un proche ou un familier de la victime, cette dénonciation suffit à saisir l'autorité (art. 146 al. 3 CP et art. 301 CPP). Dans ce dernier cas, une plainte de votre parent est nécessaire. Vous n'aurez toutefois pas d'autre droit dans la procédure que celui d'être informé, à votre demande, de la suite donnée. C'est votre parent, en tant que lésé, qui peut y participer comme partie plaignante.

Mon parent continue de verser de l'argent malgré mes mises en garde. Que puis-je faire ?

Le site ebas.ch décrit la phase où la victime, qui a demandé à récupérer son capital, est poussée à faire de nouveaux versements. Proposez-lui de vérifier avec vous si le prestataire est autorisé par la FINMA et d'en parler à son conseiller bancaire. Tant qu'il gère lui-même ses affaires, la décision lui revient. Si une personne n'est plus en mesure de sauvegarder elle-même ses intérêts, une curatelle peut être instituée par l'autorité de protection de l'adulte, notamment à la requête d'un proche (art. 390 CC).

Mon parent est décédé et nous découvrons qu'il a été escroqué. Que deviennent ses droits ?

Si le lésé décède sans avoir renoncé à ses droits de procédure, ceux-ci passent à ses proches au sens du Code pénal, dans l'ordre de succession (art. 121 al. 1 CPP). Rassemblez ses relevés bancaires et sa correspondance avant de vous adresser à la police ou au Ministère public.

Cette page s'appuie sur l'art. 146 CP, les art. 121, 127 et 301 CPP et les art. 360 et 390 CC, ainsi que sur OFS, statistique policière de la criminalité 2025, 23 mars 2026, Police cantonale genevoise, prévention auprès des seniors contre les arnaques au faux policier, 8 avril 2025, Police cantonale vaudoise, lettre aux aînés sur les faux policiers et ebas.ch, fraude à l'investissement, 18 septembre 2026. Vérifié le 11 octobre 2026.